Dans un précédent article, nous évoquions les perspectives 2017 pour les objets connectés. L’offre de raccordement de ces objets au cloud engendre également un fort dynamisme de développement, d’investissements et, fatalement, de risques. Le déploiement des connexions longue distance par radio bas-débit dopent les appétits.

Les connexions classiques

Pour la plupart des utilisateurs et des objets, les connexions IP classiques déjà disponibles dans leur environnement seront utilisées :

  • Ethernet et Wi-fi vers modem ADSL/Fibre
  • Wi-fi vers Hotspot public
  • Bluetooth vers le mobile et GSM/EDGE/3G/LTE vers internet

Le routeur, point d’accès, modem ou smartphone selon les cas serviront de hub (concentrateur) vers internet. D’autres techniques de connexion objet / hub sont disponibles : NFC et RFID à très courte portée, Zigbee et Z-wave à courte portée.

Tp-LINK Archer C9

L’avantage de ces solutions est d’être totalement transparentes pour l’utilisateur. Au pire, il aura à peine la sensation de sacrifier un peu de sa bande passante. Attention malgré tout, mieux vaut être prudent en contrôlant quand et comment des objets peuvent se raccorder au cloud.

Les inconvénients sont tout aussi évidents : problème de couverture et coût des raccordements. C’est encore plus problématique quand l’objet à connecter est en mouvement par rapport au concentrateur.

Pour des usages simples comme la géolocalisation ou la surveillance, il n’y a pas besoin de connexion en continu. La bande passante nécessaire sera également beaucoup plus limitée, de l’ordre de quelques kbits. Cela ouvre la voie à des alternatives.

La connexion radio bas-débit

Pour simplifier, afin de connecter un objet, il vous faut nécessairement :

  • Un protocole de communication entre l’objet et le concentrateur
  • Un matériel capable de communiquer selon le protocole choisi (typiquement, une puce qui va convertir vos informations en signal et vice-versa)
  • Une infrastructure pour communiquer avec les matériels (typiquement une antenne pour les ondes radio)
  • Une connexion entre l’infrastructure bas-débit par onde radio (antenne) et votre infrastructure globale ou internet

Raccordement des objets connectés au cloud

La guerre des standards

Comme tout secteur récemment défriché, une multitude d’initiatives ont vu le jour pour occuper le terrain. Et faute de normalisation des réseaux radio bas-débit (contrairement au wi-fi), il s’agit pour l’heure de solutions propriétaires qui essaient justement de s’imposer comme standards et qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients.

  • Sigfox : Il s’agit d’un opérateur ayant déployé son propre réseau, spécifique à l’internet des objets. La couverture est assez dense pour permettre le déploiement de solutions. Le protocole propriétaire basé sur l’ultra narrow band est en accès libre pour le software, la liste des fabricants de hardware déjà longue mais il faut nécessairement passer par l’infrastructure d’antennes de Sigfox.
  • Le matériel (LoRa) et le protocole (LoRaWan) sont le monopole de la société Semtech. Toutefois celle-ci ne fournit pas d’infrastructures. Il est tout à fait possible et économiquement raisonnable de déployer sa propre infrastructure et matériels basé sur LoraWan. Des opérateurs, aux couvertures variables s’appuient sur cette technologie pour le déploiement de leur réseau :
    • Bouygues Telecom au travers de sa filiale Objenious
    • Orange s’y intéresse également et commence son déploiement
  • Qowisio, spécialiste des réseaux privés depuis plusieurs années, s’installe également comme opérateur autour des protocoles LoRa et d’un protocole propriétaire basé sur l’ultra narrow band

Veni, vidi, vici

La guerre des standards pour la radio bas-débitL’affaire n’est pas sans rappeler la guerre du Blu-Ray vs HD-DVD qui a tourné à l’avantage du premier : plus de fabricants l’avaient choisi et plus de supports étaient disponibles.

A n’en pas douter, ce sera bien la compatibilité des matériels avec tel ou tel protocole qui décidera du vainqueur, à moins que l’ARCEP ne tourne casaque. Bien qu’ayant plutôt opté pour un accès simplifié aux fréquences utilisées par les liaisons très bas débit (434 et 868 Mhz en Europe), il est probable que l’Etat finira inévitablement par s’y intéresser, ne serait-ce que pour faire rentrer quelques deniers dans ses caisses.

Et maintenant ?

Contrairement aux réseaux de téléphonie mobile, les offres des opérateurs de radio bas-débit sont surtout destinés à servir de support à des services intégrant les objets connectés à très faible consommation. Grâce à LoRa, des autonomies de plusieurs années sont annoncés sur des matériels à comparer à quelques heures sur les techniques actuelles.

Toutefois, compte tenu de leurs caractéristiques techniques, ces réseaux sont plutôt destinés à récolter passivement des données optimisées qu’à assurer un échange de flux constant et important. La surveillance et la localisation sont les deux principaux axes de développement à ce jour, mais au combien prometteurs.

Vers un boom agricole des objets connectés ?

En marge du recours à des opérateurs ayant leur propre réseau d’antennes, il est indéniable que les technologies de connexion radio en bas-débit avec une portée de plusieurs kilomètres sont taillées sur mesure pour l’activité agricole. Quelques exploitants agricoles peuvent facilement déployer un réseau d’antennes. Il suffit ensuite de raccorder des dispositifs destinés à surveiller leurs parcelles, localiser leurs animaux, etc…

Même si l’offre n’est pas encore très structurée, elle ne demande qu’à se développer. Groupama a ainsi soutenu un prix « Smart Agri » au dernier challenge LoRa. La start-up Abeeway propose aussi des solutions pour l’élevage.

Pic et pic et Colegram

Avec un coût de déploiement extrêmement compétitif, les technologies de radio bas-débit ont le vent en poupe pour l’internet des objets. Le cruel dilemme pour les fabricants de matériel et les programmeurs est de savoir à quel camp se rallier entre SigFox, LoRa et Qowisio. Sans compter sur d’autres acteurs qui pourraient émerger.