Vous pensez que les mots et la langue appartiennent à tout le monde ?

Vous pensiez que monpetitnom.fr ne relevait que de votre petit nom ?

Bienvenue dans un monde de grand profits fait de quelques lettres : les noms de domaine

L’histoire commence en 1988 par une simple idée : mieux vaut taper monpetitnom.fr que 192.168.0.12. Le nom de domaine permet d’assigner une suite de lettres à l’adresse unique identifant un serveur sur internet. En gros, il permet d’associer Bernard Dupont à son numéro de sécurité sociale. On reconnaîtra facilement le gain de n’avoir à se souvenir que des noms et non des numéros de sécu.

Encore faut-il une autorité centrale pour vérifier qu’une seule entité se revendique être Bernard Dupont. On pourrait croire qu’il s’agirait d’une mission régalienne de l’ONU. Après tout, il s’agit simplement de tenir un registre dans l’intérêt collectif.

Il faudra payer mon fils…

Le problème est qu’il y a un coût à l’opération car il faut des serveurs pouvant être interrogés pour convertir en adresses réseaux les petits noms. Ce sont les DNS. L’opération, initialement assumée par l’Etat américain jusqu’en 1993, puis financée via la NSF, s’est transformée en version marchande en 1995. Il faudra désormais payer pour que son petit nom soit repérable sur internet.

Si vous souhaitez aujourd’hui devenir registrar de nom de domaine, c’est à dire capable de déclarer valable des noms de domaines à l’ICANN, apprêtez-vous à devoir en vendre beaucoup ou très cher : 3500$ de frais de dossier puis 4000$ par an, sans compter les frais variables.

Selon l’ICANN, en 2017, il y avait 2520 registrars pour un peu moins de 163 millions de sites. 2028 de ces registrars sont aux Etats-Unis.

Un marché colossal

Il n’y a pas vraiment de statistiques sur ce que pèse le marché des 363,5 millions de noms de domaine (juin 2021). Certains sont revendus à des prix indécents du fait de la spéculation sur leur intérêt et si l’on fait une simple moyenne à 15€/an, c’est près de 5,5 milliards d’euros. Tout ça pour quoi ? Maintenir une vingtaine de serveurs DNS primaires et un millier de serveurs secondaires ? La facture unitaire est quasi-indolore, la facture collective est monstrueuse au regard des services rendus.

Une éthique à revoir ?

Il ne faut pas s’y tromper. N’importe qui peut prendre votre nom et bloquer le nom de domaine correspondant. Il n’y a aucun recours possible même si vos nom et prénoms ou celui de votre société sont clairement usurpés. Pourquoi ? Parce que les noms de domaines sont gérés par une association américaine et le premier qui a payé a raison. Certes, en France, vous pourrez essayer de faire valoir vos droits dans certains cas. Encore faudra-t-il retrouver celui qu’il faudra fourrer dans le box des accusés.

Il faut aussi se méfier des extensions : .fr, .com, .org... Pour ne pas se retrouver avec des sites sans rapport, voire pornographiques, il est préférable de faire monter la facture en réservant une large palette d’extensions. Si votre site de maraîchage bio touchez-jardin-plantez-carotte.fr voisine un site de promotion de tourisme sexuel sur touchez-jardin-plantez-carotte.com, il y a fort à parier que vos clients vous en parleront rapidement.

La marque ne fait pas le nom de domaine

Vous pouvez également tester de déposer mon « petit nom » comme marque et cela sera probablement refusé comme trop générique. Si la brevetabilité des marques est restreinte, pourquoi celle des noms de domaines ne le serait pas ? Cela pourrait éviter que marketing.com soit vendu 2,5 millions de dollars le 16 août 2021.

Tout comme l’accès à internet et l’identité numérique, les noms de domaine devrait relever de la simple péréquation des coûts d’usage ou, encore mieux, d’une solidarité collective.

Bon, je veux un nom de domaine. Comment je fais ?

N’hésitez pas à nous contacter pour vous orienter sur les promotions du moment. Liqueur de Toile n’est pas registrar, nous considérons que nous avons mieux à faire à faire jouer la concurrence dans votre intérêt.