Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement

Francis Blanche

La tradition veut que le tournant d’une année, certes décidé arbitrairement, est l’occasion de réjouissances et de bonnes résolutions. C’est aussi le moment de se souhaiter le meilleur à venir.

Comme certains ouvrent un mail malicieux pour lancer la pièce jointe qui encryptera irrémédiablement les données de leur ordinateur, d’autres ouvrent aujourd’hui le journal ou allument la télévision.

L’addition n’est pas en bitcoin mais éviter d’être dans les 10% de la population non vaccinée déjà ostracisée mérite certainement de laisser au placard toute logique élémentaire.

Quelques mois pour développer un produit sans précédent, faire modifier la nomenclature pour être dans les clous, promettre des miracles, instrumentaliser jusqu’aux états et enfin empocher des milliards. Deux ans après, le monde d’avant est finalement comme celui du Jurassique : perdu.

Pourtant tout le monde en redemande.

On se croirait revenu au bon vieux temps du Microsoft de Bill Gates : Innovons en toute opacité, vendons du rêve, créons la dépendance, prenons l’argent et on règlera les bugs plus tard.

Et tout le monde attendait impatiemment la version suivante.

Le fait d’être habité par une nostalgie incompréhensible serait tout de même le signe qu’il y a un ailleurs.

Eugène IONESCO

En développement informatique, l’affaire est entendue depuis longtemps car, de leur propre chef, des programmeurs ont mis leur travail dans le pot commun de l’open source. Après quelques décennies de conflits idéologiques, cela a si bien fonctionné que même les GAFAM en ont compris l’intérêt et jouent le jeu.

L’idée est simple. Au lieu de travailler chacun dans son coin, la collectivité s’empare des meilleures idées et chacun y apporte librement sa contribution.

Pourquoi donc ? D’une part, c’est un juste retour des choses tant, dans son quotidien, le développeur s’appuie sur de l’open source. D’autre part, cela évite de réinventer le fil à couper le beurre pour se concentrer sur les idées à valeur ajoutée.

Le développement moderne, c’est comme un laboratoire mondial de recherche appliquée. Plutôt que de privatiser le code, celui-ci devient universel et c’est l’intelligence de son utilisation et du service rendu qui permet les bénéfices.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les GAFAM ont renoncé à la propriété intellectuelle, du moins sur ce qui est le code stricto sensu. Il y a bien plus de richesses produites par l’effort collectif que par l’imposition d’une dîme du fait de sa propre et incontournable suffisance.

Certes, cette évolution fait que les rentiers du code ont quasiment disparu des radars. A vrai dire, personne ne regrette vraiment ce capitalisme opportuniste et parasitaire.

Il n’en reste pas moins que le code informatique et le code génétique restent des notions très proches. Si la finance a lâché prise sur le premier, le brevet du second reste possible et très utilisé.

Dans tous les cas, les rentiers de la bien-pensance, eux, prospèrent.

Dans l’urgence permanente, avérée ou non, sécurité, santé et climat semblent plus enclins à produire de la coercition que de la collaboration. Les start-ups, officiellement altruistes, ne cessent de vouloir fournir les outils visant à mieux superviser, contrôler et limiter les individus et leur comportement. Le pouvoir politique n’est pas en reste : reconnaissance faciale, drones policiers, surveillance des sons… Tout est bon au nom du bien.

Ceci en exploitant en premier lieu et opportunément la formidable ressource informatique permise par… l’open source pour enflammer leur bénéfices.

Business is business comme disent certains. La fin justifie les moyens diront d’autres.

Est fanatique celui qui est sûr de posséder la vérité. Il est définitivement enfermé dans cette certitude ; il ne peut donc plus participer aux échanges ; il perd l’essentiel de sa personne. Il n’est plus qu’un objet prêt à être manipulé

Albert JACQUARD

Souhaitons-nous donc un bon changement de paradigme pour 2022 !